Les derniers endroits désertiques de Paris compilés dans un livre photo unique

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Cul-de-sac, impasse, cité, villa, ruelle. . . Nul besoin de passer par quatre chemins pour évoquer les impasses de Paris. Plutôt ignorées, toujours calmes et souvent désertiques, la photographe Karin Borghouts les a compilées dans un joli ouvrage de 225 photos : « Paris Impasse ». Pourquoi ? Elle nous répond sans détour.

Il faut le feuilleter pour le croire. La photographe belge Karin Borghouts a réussi l’impensable : immortaliser Paris calme et désert, hors pandémie, hors mois d’août. Pour mener à bien cette petite prouesse, l’artiste s’est engouffrée dans les centaines d’impasses de Paris. Son ouvrage « Paris Impasse », sorti aux éditions belges Snoeck en novembre 2020, nous fait remarquer ces rues sans issue. Souvent pour la première fois.

Series paris Impasse
Passage Hennel, 12 e arr. © Karin Borghouts, série Paris Impasse

« Les impasses sont des endroits tellement inaperçus que si vous n’y vivez pas ou n’y travaillez pas, vous passez juste à côté. Au cours de mes promenades, je me suis retrouvée par hasard dans une impasse et j’ai pensé que c’était quelque chose à photographier. C’est autre chose que le Paris des boulevards que nous connaissons » découvre la photographe, en visite dans notre capitale chérie chaque année. 

Contre toute attente, ces clichés silencieux n’ont pas été pris pendant le confinement et autre couvre-feu mais lors d’une autre période sombre. « J’ai commencé à photographier les impasses dès 2011, mais la majorité d’entre elles ont été photographiées lors d’une période de résidence d’artiste à la Cité internationale des Arts de trois mois, à l’automne 2015. Après les attentats de Paris, Paris était également très vide ». 

Square de Rapp, 7e arr. © Karin Borghouts, série Paris Impasse

D’une manière générale, l’artiste originaire d’Anvers apporte un soin particulier à éviter la foule. « Les gens apportent une histoire et attirent aussi toute l’attention sur eux. Sans les gens, vous regardez les environs ». Un constat d’autant plus d’actualité aujourd’hui. Hélas.

C’est donc une ville calme quasi-fantôme qui défile au fil des pages et arrondissements. D’ailleurs, « tous les arrondissements sont inclus dans le livre, du premier au vingtième. Plus on s’approche du périphérique, plus il y a d’impasses. Dans le premier et le second, par exemple, il y en a peu ou elles sont fermées » souligne Karin. Sur les quelque 600 impasses que comptent Paris, l’artiste en a photographié près de 400. Égrené à 225 pour le livre « Paris Impasse », en consultation avec Jean-Michel Meyers, le graphiste de l’ouvrage. 

Villa Letellier, 15e arr. © Karin Borghouts, série Paris Impasse

Quand les badauds pressés n’y considèrent (ou pas) qu’un vulgaire cul-de-sac, Karin Borghouts voit les impasses « comme une sorte de scène. L’impasse est un lieu entouré de murs, de fenêtres et de portes. C’est aussi un endroit calme. Dans une impasse, on met des plantes à l’extérieur, ou des tables et des chaises. Vous trouverez des parkings, des poubelles ou des déchets. Elles sont parfois pittoresques mais souvent banales. Les impasses sont également pleines d’histoires et d’anecdotes, comme en témoigne le nom des rues ».

Par exemple, « la Cour de la Maison-Brûlée est ainsi nommée parce qu’elle fût formée sur l’emplacement d’une maison incendiée. D’autres encore sont très vieilles et liées à l’Histoire de Paris. Les noms ont changé, comme l’impasse de l’Hôtel d’Argenson dans le 4ᵉ qui était le cul-de-sac d’Argenson (au XVIIIe siècle, ndlr) » détaille la photographe spécialiste des lieux environnements et architecturaux.

Vous l’aurez compris, « le livre n’est pas un guide touristique. Il comprend aussi des impasses inconnues et banales. Il peut être une invitation à les découvrir par soi-même » . Puisque c’est tout ce qu’il nous reste pour le moment (avec les expositions dans les galeries), promenons-nous dans les impasses de Paris jusqu’à l’asphyxie.

Et comme dirait Milan Kundera dans « Risibles amours » : « une impasse est le lieu de mes plus belles inspirations ». Ce n’est pas Karin Borghouts qui dira le contraire.

Paris Impasse
De Karin Borghouts
Éditions Snoeck

304 pages, 225 photos
Paru en novembre 2020

Disponible en France dès mars 2021